Une densité. Une force. Une détermination.
Wanderlei dit à propos du ring : « C'est un endroit sérieux. On ne joue pas ici.»
Non. Wanderlei ne joue pas. Jamais. C'est peut-être pour cela d'ailleurs que sa présence est fascinante. Il me rappelle Tyson.
L'un naît dans les bas-fonds New-Yorkais à Brooklyn, l'autre dans un quartier assez pauvre du Brésil.
Tout deux connaissent une enfance rude.
Les coups de gueule d'un Silva furieux dans les vestiaires du Pride à l'encontre de Coleman ne sont pas sans rappeler ceux de Mike à l'encontre de Lennox Lewis, un certain 8 juin 2002.
Ni la montée de Wanderlei sur un ring pour corriger un Rampage qui ne se sentait plus, ou celle de Tyson envers StoneCold.
Revoyez l'entrée de Silva au Pride Dynamite. Revoyez l'entrée de Tyson lors de son second affrontement face à Franck Bruno. C'est bien plus qu'une ressemblance.
C'est une transposition, de la consanguinité.
Le regard de Silva ne témoigne pas d'un sentiment mais plutôt de quelque chose qui s'est mis en marche, à l'intérieur, et qui ne peut être arrêté tant que le combat n'est pas achevé, dans un sens ou dans l'autre.
Interrogé à propos des risques de dommages lors des affrontements de combat libre, Silva aurait dit :
« Il y a pire que de mourir en faisant quelque chose que l'on aime » - et s'il ne l'a dit on lui prête volantairement cette phrase. (C'est d'ailleurs là qu'on remarque la légende, elle va au-delà des actes et des paroles de l'homme qui l'incarne.)
Dans le Hagakuré, livre du XVIIème siècle autour de l'éthique samouraï, Jocho Yamamoto écrivait : « La voie du samouraï, c'est la mort ».
D'un point de vue simpliste, on pourrait entendre cette phrase comme un appel au meurtre ou au suicide. Mais c'est tout l'inverse. Le samouraï tel que le définit Yamamoto, n'est pas celui qui veut mourir, ni même veut celui qui veut tuer, mais plutôt celui qui a appris à ne pas craindre la confrontation à la mort. La différence est considérable.
Cela veut dire qu'en toutes occasions, le samouraï est prêt à aller jusqu'au bout, sans aucune peur, et que sa détermination est telle qu'elle va au-delà de l'idée de défaite ou de victoire.
Je me plais à croire qu'à l'instant du regard, c'est cela que comprennent ses adversaires.
Et c'est de là que vient leur trouble.
C'est peut-être de là que vient cette qualité de regard chez Silva, la même intensité du regard que celle du Tyson des années 90, qui faisait tout comprendre à son adversaire avant même de monter sur le ring.



